Je connais bien ce sentiment d’impuissance, notamment lorsque je travaille beaucoup pour faire avancer un projet et que, malgré toute mon énergie, les résultats ne sont pas ceux que j’espérais.
Dans ces moments-là, ce n’est pas seulement le projet qui semble menacé, mais aussi mes rêves, ma liberté, le sens de ce que j’ai traversé et, finalement, une partie de la personne que je pensais devenir.
Dans cette nouvelle Parenthèse méditative, découvrons ensemble le mécanisme de l’impuissance. Je vous propose d’en comprendre la nature profonde, de découvrir ce qui se cache derrière ce mot et, bien évidemment, d’apprendre à accepter puis à accueillir cette impuissance, afin de révéler l’immense potentiel que vous ne pouviez peut-être pas encore apercevoir.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Maxime Gréau
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1. Quand l’impuissance nous donne l’impression de ne plus avoir le choix
Pour commencer, essayons de comprendre pourquoi l’impuissance est si difficile à vivre.
Elle ne représente pas seulement l’absence d’une solution, mais également la perte de notre capacité à agir, à choisir et à diriger notre vie dans la direction que nous souhaitons.
Nous aimerions pourtant pouvoir décider de rester ou de partir, de poursuivre un projet ou d’en changer, de transformer une situation qui nous fait souffrir ou, tout simplement, de devenir la personne que nous avons envie d’être.
Sous l’emprise de l’impuissance, toutes ces possibilités disparaissent, nous laissant alors avec ce sentiment de ne plus être aux commandes de notre propre vie et de devoir subir une vie qui n’est pas la nôtre.
- Une personne nous quitte et nous ne pouvons pas l’obliger à rester.
- Un proche tombe malade et nous ne pouvons pas le guérir.
- Un projet auquel nous avons consacré beaucoup de temps ne fonctionne pas comme nous l’espérions.
- Une décision est prise sans nous et, même si nous la trouvons injuste, nous ne pouvons pas immédiatement la modifier.
Les situations peuvent être très différentes, mais elles ont toutes un point commun : nous voudrions agir et quelque chose nous en empêche.
Se produit alors une sorte de petit drame à l’intérieur, dans lequel nous perdons momentanément cette capacité à nous sentir sereins et confiants face à l’avenir. Notre vie et nos projets se dérobent…
L’impuissance peut alors être vécue comme une véritable prison intérieure, sans espoir ni issue, accompagnée de cette sensation d’être coincé, empêché, bloqué.
Le véritable problème de l’impuissance ne réside donc pas uniquement dans ce qui nous arrive, mais dans cette terrible impression de ne plus pouvoir rien en faire et d’être désormais condamné à subir, jusqu’à craindre parfois de gâcher quelque chose d’essentiel, comme sa propre vie.
2. Accepter la réalité ne signifie pas s’y résigner
Pour sortir de cette prison intérieure, une première distinction est indispensable : accepter la réalité ne signifie pas s’y résigner.
Lorsque je parle d’accepter ce qui est là, certaines personnes me répondent : « Mais non Maxime, je ne peux pas accepter cela, ce n’est pas normal ! »
Et elles ont peut-être parfaitement raison.
La situation est peut-être injuste, douloureuse ou profondément contraire à leurs valeurs, mais accepter la réalité ne signifie pas approuver ce qui se passe, ni prétendre que tout va bien, ni abandonner l’espoir de faire évoluer les choses.
Accepter la réalité signifie simplement reconnaître les faits tels qu’ils sont, ici et maintenant :
- Il pleut, que nous soyons contents ou non, il pleut.
- Une personne nous a quittés, même si nous aurions souhaité qu’elle reste, elle est partie.
- Un proche est décédé, c’est ainsi, et aucune colère ne pourra modifier ce qui vient de se produire.
- Une graine vient d’être plantée, elle mettra du temps à sortir de terre, et c’est comme ça, inutile de tirer dessus pour la faire pousser plus rapidement.
Par contre, rien ne nous empêche de prendre un parapluie, de tenter de reconstruire une relation, de traverser notre deuil ou de prendre soin de la terre, mais aucune de ces actions ne pourra être juste et efficace tant que nous refusons d’abord de reconnaître notre véritable point de départ.
- 2.1. Accepter la réalité, c’est cesser de se battre contre ce qui est déjà là.
Imaginez deux personnes placées face à face. La première commence à prendre appui sur la seconde qui, pour ne pas tomber, se voit obligée d’exercer une pression équivalente dans la direction opposée.
Plus la première personne pousse, plus la seconde résiste, si bien que rien ne bouge et que toutes les deux finissent simplement par s’épuiser.
Lorsque nous refusons le présent, ce fonctionnement est similaire. Nous exerçons une pression contre une réalité qui, puisqu’elle est déjà là, nous oppose une résistance équivalente.
Le fait ne disparaît pas, il est parfois douloureux, mais cette lutte supplémentaire vient s’ajouter à la difficulté initiale :
Ce contre quoi nous résistons s’amplifie.
Cesser de pousser ne change pas la situation, mais le combat s’arrêtera, la tension diminuera et toute l’énergie que nous utilisions pour refuser ce qui existe redeviendra alors disponible.
Nous ne sommes donc pas en train de renoncer à changer notre vie, bien au contraire, nous sommes en train d’accepter le présent, de redevenir lucides, sans colère ni déni, afin de construire depuis cette vérité.
3. Quand vouloir régler le problème crée le problème
Lorsque nous rencontrons un problème, notre premier réflexe consiste naturellement à chercher une solution.
Cette manière de fonctionner est profondément ancrée dans notre éducation et s’avère d’ailleurs très utile dans de nombreuses situations.
- Si je me coupe, je désinfecte la plaie et je pose un pansement.
- Si une canalisation fuit, je la répare.
- Si ma voiture tombe en panne, je cherche l’origine du dysfonctionnement.
- 3.1. Mais une émotion ne fonctionne pas comme un problème matériel
Une émotion n’est ni une plaie à désinfecter, ni une fuite à réparer, ni une pièce défectueuse à remplacer.
Elle ne nous demande pas de la faire taire, mais de lui permettre d’exister suffisamment longtemps pour qu’elle puisse être entendue, traversée, puis transformée.
Imaginez un enfant en train de pleurer.
- Vous pourriez lui demander de se taire en lui expliquant qu’il n’a aucune raison d’être triste. Peut-être arrêterait-il momentanément de pleurer, mais ce qui lui faisait mal serait toujours présent et pourrait ressortir dans de nouvelles situations.
- Au lieu de cela, vous pourriez également vous agenouiller à côté de lui, accueillir ses larmes, écouter ce qu’il traverse et lui offrir simplement votre présence.
Dans ce second cas, votre intention n’est plus d’obtenir un résultat, mais simplement d’être là avec ce qui est présent, et c’est précisément cette présence qui permettra, sans que vous cherchiez à la provoquer, une évolution beaucoup plus positive et constructive.
Vouloir faire disparaître l’émotion revient à lui demander de se taire.
Ainsi, plus nous considérons notre émotion comme un problème à éliminer, plus nous lui envoyons le message qu’elle ne devrait pas être là et plus nous renforçons le combat intérieur dont nous cherchons précisément à sortir.
- 3.2. Le piège de l’intention cachée derrière la pratique
Pour nous libérer de ce fonctionnement, nous avons consacré les deux dernières Parenthèses méditatives à différents exercices de régulation émotionnelle.
Voici les liens :
- Parenthèse Méditative : Le protocole de « l’histoire sans fin » pour libérer une réaction émotionnelle
- Parenthèse Méditative : Pratique et Protocole de Libération Émotionnelle
Nous fermons les yeux, observons notre corps et portons notre attention sur nos sensations.
Mais intérieurement, deux intentions très différentes peuvent guider notre pratique :
- « Je fais cet exercice pour que cette émotion disparaisse enfin. »
- « Je fais cet exercice pour permettre à cette émotion d’être pleinement vécue et libérée. »
Dans le premier cas, nous continuons à refuser ce qui est là sous une forme simplement plus subtile, tandis que dans le second, nous cessons de traiter notre émotion comme une ennemie et nous lui offrons enfin l’espace dont elle a vraiment besoin.
Paradoxalement, nous le savons tous, c’est souvent au moment où nous cessons de vouloir absolument quelque chose que cette chose finit par se présenter dans notre vie. C’est l’un des principes du lâcher-prise.
Plus je porte mon attention sur ce que je ne veux pas, sur ce qui me fait peur ou sur ce qui me fait souffrir, plus je lui donne de la place dans mon expérience. A contrario, si j’accepte cette possibilité et cesse d’y résister, l’émotion peut alors circuler et laisser progressivement place à autre chose…
Porter son attention sur ce que nous désirons ne suffit donc pas à le manifester. Encore faut-il être suffisamment en paix avec la possibilité que l’inverse se produise, alors que c’est justement cette possibilité que nous cherchons la plupart du temps à éviter. Vous comprenez ?
Nous en reparlerons dans un prochain cours sur la manifestation si ce sujet vous intéresse. Dites-le-moi…
4. Lâcher prise, c’est aussi lâcher une part de notre identité
Nous pouvons parfaitement comprendre qu’il est inutile de lutter contre ce qui est déjà là, connaître les protocoles de régulation émotionnelle et, malgré tout, ressentir une résistance immense au moment de les appliquer.
Ce n’est pas nécessairement un manque de volonté ni de pratique, mais le signe que la situation menace quelque chose de beaucoup plus profond que le problème visible.
- 4.1. Nous ne défendons pas seulement un projet, mais la personne que nous pensons devenir grâce à lui.
Imaginons que vous vous battiez depuis plusieurs années contre la pollution. Vous avez développé des convictions, défendu certaines valeurs et peut-être même organisé une partie de votre vie autour de cet engagement.
Accepter que le monde ne change pas aussi rapidement que vous le souhaiteriez peut alors vous donner l’impression de trahir vos valeurs, de renoncer à votre combat ou de devenir une personne indifférente.
Pourtant, être en paix avec la réalité ne signifie pas devenir quelqu’un d’autre ni cesser d’agir, mais notre ego ne l’entend pas nécessairement de cette manière.
Pour lui, accepter peut signifier abandonner, perdre ou échouer.
Je peux vous parler de quelque chose que je connais particulièrement bien.
Pour moi, réussir à développer Heureux dans sa vie ne représente pas seulement la réussite d’un projet professionnel. Cela signifie pouvoir vivre librement, être fier de ce que j’ai construit, donner un sens aux épreuves que j’ai traversées et devenir enfin la personne que j’ai profondément envie d’être.
Mais derrière ces espoirs se cache également leur opposé.
Si je n’y arrive pas, qui vais-je devenir ?
- Celui qui a tout raté ?
- Celui qui avait de grands rêves, mais qui n’est jamais parvenu à les réaliser ?
- Celui qui devra retourner dans une vie professionnelle qui ne lui correspond pas, avec le sentiment d’être passé à côté de sa liberté et peut-être même de son bonheur ?
Vous comprenez alors que, lorsque les résultats tardent à arriver, je ne ressens pas seulement la frustration de voir un projet avancer moins vite que prévu. Non, c’est bien plus profond que cela, c’est toute une partie de moi qui peut avoir l’impression que tous mes rêves, tout ce que j’ai traversé et le sens même de mon parcours sont en train de vaciller !
Ce n’est plus seulement un projet qui semble menacé, mais toute mon identité.
À cet endroit, lâcher prise devient particulièrement difficile, puisque mon ego n’entend plus : « Accepte simplement ce qui est présent aujourd’hui. »
Il entend plutôt : « Accepte que tu as peut-être échoué, que tes souffrances n’ont servi à rien et que tu ne deviendras jamais celui que tu espérais être. »
Évidemment, quelque chose en moi répond immédiatement : « Non, jamais ! »
C’est ainsi que l’impuissance peut devenir un véritable drame intérieur. La situation provoque des émotions douloureuses, bouleversantes, mais elle vient également mettre en péril l’histoire que nous racontons sur nous-mêmes, nos espoirs les plus profonds et la personne que nous pensions devoir devenir pour être enfin heureux.
- 4.2. Les huit préoccupations mondaines
Les enseignements bouddhistes décrivent huit préoccupations mondaines autour desquelles une grande partie de notre existence et de notre identité s’organise :
- L’espoir du gain et la peur de la perte.
- L’espoir du plaisir et la peur de la souffrance.
- L’espoir de la louange et la peur du blâme.
- L’espoir d’une bonne réputation et la peur d’une mauvaise réputation.
Nous cherchons naturellement à nous rapprocher de ce qui nous rassure, nous valorise ou nous procure du plaisir, tandis que nous tentons de nous éloigner de tout ce qui menace notre sécurité, notre image ou notre confort.
Le problème n’est pas d’aimer le plaisir, la réussite ou la reconnaissance, mais de finir par croire que notre bonheur et notre identité dépendent entièrement de leur présence.
- Je ne souhaite alors plus seulement réussir un projet, je finis par AVOIR BESOIN de cette réussite…
- Je ne cherche plus uniquement à éviter une perte, J’AI BESOIN qu’elle ne se produise jamais pour continuer à me sentir en sécurité.
- Je ne souhaite plus simplement être apprécié, J’AI BESOIN de cette approbation pour savoir qui je suis.
Dans ces conditions, toute situation contraire à mes attentes devient une menace personnelle, si bien qu’il ne m’est plus possible de la regarder telle qu’elle est. 
- 4.3. Derrière le lâcher-prise se trouve toujours une part d’inconnu
Si je cesse de m’accrocher au scénario que j’avais imaginé, une question vertigineuse apparaît :
Que va-t-il se passer à la place ?
Et c’est précisément là que se trouve toute la difficulté, mais aussi tout le potentiel de l’expérience, puisque la réponse est très simple :
Je n’en sais rien.
Pourtant, à de nombreuses reprises, certains de mes projets se sont cassé la figure et autre chose est apparu à leur place.
Lorsque je retourne travailler en intérim, pour gagner des sous, et que je me retrouve à emballer des pièces mécaniques dans des cartons par exemple, je ne peux pas encore savoir toutes les belles choses qui vont se produire ensuite.
À cet instant, je ne voyais qu’une situation qui ne ressemblait pas à celle que j’avais espérée, alors que la suite de mon histoire était encore invisible.
Aujourd’hui encore, lorsque Heureux dans sa vie avance moins vite que je le souhaiterais, une partie de moi continue parfois à avoir peur. Elle se demande comment je vais m’en sortir, ce que tous ces efforts auront signifié et ce qui se passera si je n’obtiens pas le résultat attendu.
Mais cette partie de moi ne connaît pas davantage l’avenir aujourd’hui qu’elle ne le connaissait hier.
Elle confond simplement l’absence du scénario qu’elle avait imaginé avec l’absence de toute possibilité.
Je peux cesser de me battre contre ce qui est déjà là sans renoncer à ce qui compte pour moi.
Je peux continuer à développer Heureux dans sa vie, défendre mes valeurs, prendre des décisions et avancer vers mes rêves, sans exiger que la réalité adopte immédiatement la forme que j’avais prévue pour pouvoir me sentir en sécurité.
Avant même de traverser nos émotions, nous avons parfois besoin de nous donner cette autorisation intellectuelle : accepter ce qui est présent ne signifie pas abandonner notre identité, nos valeurs ni nos projets.
Cela signifie simplement reconnaître que nous ne savons pas encore qui nous deviendrons, ni ce que la vie pourra construire à partir de cette situation.
Ce saut dans l’inconnu peut être effrayant, mais c’est aussi l’endroit exact où notre histoire cesse de nous enfermer et où de nouvelles possibilités peuvent enfin commencer à apparaître.
De plus, arrêter de vouloir être quelqu’un nous rapproche considérablement de notre Être, de l’éveil et de la neuvième étape du Sentier de Samatha
5. Les faits sont les mêmes, mais ce n’est plus le même problème
Pendant cette Parenthèse méditative, une participante nous a raconté qu’elle se sentait depuis longtemps impuissante face à une situation personnelle particulièrement difficile.
Depuis que son mari est tombé malade, elle ne s’autorisait plus vraiment à sortir avec ses amies ni à s’éloigner plusieurs jours, alors même qu’il était désormais capable de rester seul lorsqu’elle lui préparait ce dont il avait besoin.
Elle avait longtemps vécu cette situation comme une privation de liberté dont son mari et sa maladie étaient responsables, jusqu’à ce que la pratique lui permette de découvrir une autre partie de l’histoire.
- 5.1. La situation n’a pas changé, mais elle ne la vit plus de la même manière
Avant sa maladie, son mari organisait une grande partie de leurs voyages, de leurs sorties et de leurs activités. Elle participait bien sûr aux décisions, mais elle n’avait pas réellement eu besoin de développer cette autonomie, puisqu’elle pouvait simplement se laisser guider.
La régulation et cet accueil de son impuissance lui ont permis de comprendre que son impossibilité de prendre davantage de liberté ne venait pas uniquement de la situation actuelle, mais également de cette partie d’elle-même qui ne se sentait pas encore complètement autonome.
« Je ne vais peut-être pas en faire plus, mais au moins, je sais pourquoi, et je me sens apaisée. »
Son mari est toujours malade et les contraintes de leur quotidien sont toujours les mêmes. Pourtant, elle nous expliquait qu’elle ne se sent plus victime de son mari ni totalement impuissante face à la situation, puisqu’elle comprend désormais les véritables raisons pour lesquelles elle ne s’accorde pas cette liberté.
Les faits sont exactement les mêmes, mais ces faits ne représentent plus le même problème.
Je pense que nous avons presque tous déjà vécu ce type de transformation, que ce soit lors d’une rupture, d’un échec ou d’une décision contrariée…
…Sur le moment, tout semble dramatique, puis quelques semaines ou mois plus tard, nous nous surprenons à nous demander pourquoi nous en avions fait tout un pataquès…
Il nous arrive même d’en rire, puis d’y découvrir des bénéfices inattendus ou de reconnaître que cette épreuve nous a conduits vers une rencontre, une prise de conscience ou une destination que nous n’aurions jamais imaginée.
Les faits appartiennent au passé, mais notre manière de les regarder reste en notre pouvoir, dans le présent.
Plus tôt nous parvenons à réaliser ce mouvement intérieur, plus tôt nous retrouvons la possibilité de vivre la situation autrement.
- 5.2. Regarder notre problème comme le regarderait un ami
Lorsque nous racontons notre situation à un ami, ou à un coach, c’est encore mieux ;), celui-ci ne la regarde pas depuis notre peur, notre colère ni notre sentiment d’injustice.
Il entend bien les mêmes faits, mais il dispose d’un recul que nous avons momentanément perdu, ce qui lui permet de voir en quelques secondes ce que nous ne parvenons plus à distinguer.
J’appelle cela la feuille de salade verte coincée entre nos dents que nous ne voyons pas nous-mêmes !
Il ne minimise donc pas notre souffrance et ne considère pas non plus notre problème comme insignifiant, mais pour autant, il ne fusionne pas avec lui.
Ce pas de côté lui permet de voir la situation telle qu’elle est, ce qui lui permet de nous accompagner de manière objective et efficace…
La méditation telle que nous l’enseignons ici nous invite à développer une capacité supplémentaire : observer ce qui est présent sans être entièrement englouti par ce que nous observons.
- Une partie de nous traverse le drame, tandis qu’une autre apprend progressivement à le regarder.
- Une forme de double regard intérieur que l’on retrouve chez tous les méditants expérimentés 😉
Nous découvrons alors que nous sommes bien celui ou celle qui ressent la peur, la tristesse ou l’impuissance, mais que nous sommes également la conscience, capable d’observer toutes ces expériences depuis un point de vue plus grand.
En prenant de la hauteur, nous ne contournons pas le problème, nous commençons au contraire à le voir beaucoup plus clairement.
- 5.3. Faire le pari que la vie est bienveillante
Pour effectuer ce mouvement, nous avons parfois besoin de choisir ce en quoi nous souhaitons croire, puisque traverser nos peurs peut être particulièrement éprouvant.
Mon tout premier coach Samy m’a un jour placé face à deux options très simples, en me demandant de choisir :
- Croire que la vie est contre moi.
- Croire que la vie est avec moi.
1). Si je crois que la vie est contre moi, chaque difficulté devient une nouvelle preuve que le monde est dangereux, injuste et déterminé à contrarier mes projets. Je dois alors me battre, me protéger et tenter de contrôler tout ce qui pourrait m’arriver.
2). Mais si je choisis de croire que la vie est bienveillante, je peux regarder une situation difficile et me dire :
« Je ne comprends pas encore pourquoi cela m’arrive, mais je choisis de croire que cette expérience contient quelque chose d’important pour moi. »
Ce choix ne transforme pas une épreuve douloureuse en événement agréable et ne nous demande pas de prétendre que tout va bien.
Il nous permet simplement de ne plus considérer la vie comme une ennemie et de rester ouverts à une possibilité positive que nous ne sommes pas encore en mesure de reconnaître immédiatement.
Les faits restent les faits, c’est certain, mais notre champ d’action face à eux est bien plus vaste.
Et si un même fait ne provoque plus la même souffrance, ni la même peur, ni le même sentiment d’impuissance, alors peut-être est-il le bon moment de nous poser cette question :
S’agit-il encore réellement du même problème ?
6. De l’impuissance au potentiel
Reprenons l’exemple de la rupture amoureuse.
Je pense que nous avons tous aimé, ou cru aimer, une personne dont la disparition de notre vie nous semblait absolument insurmontable.
Sur le moment, cette personne représentait notre avenir, notre sécurité et peut-être même une partie de notre identité. Son départ ouvrait alors un vide immense, dans lequel nous ne pouvions apercevoir ni solution ni possibilité positive.
Puis le temps passe, nous cheminons, nous apprenons et, un jour, une question assez étonnante finit parfois par apparaître :
« Mais comment ai-je fait pour rester avec une personne qui ne me correspondait pas ? »
Il ne s’agit pas de condamner qui que ce soit ni de transformer l’autre en mauvaise personne pour nous sentir mieux, mais simplement de reconnaître que cette relation ne correspondait peut-être pas à nos véritables besoins.
Nous découvrons alors que nous souhaitons une relation différente, plus respectueuse, plus libre, plus profonde ou simplement plus proche de la personne que nous sommes devenus.
Le fait, en l’occurrence la rupture, reste exactement le même, mais il ne représente plus uniquement une perte, puisqu’il devient également l’ouverture vers quelque chose que nous ne pouvions pas encore imaginer.
Ce que nous prenions pour une fin devient parfois un nouveau départ.
- 6.1. Certains de nos passages les plus difficiles deviennent alors les plus transformationnels
Avec le recul, je constate que certains des moments les plus douloureux de ma vie ont également été ceux qui m’ont permis de grandir le plus profondément.
Ce sont souvent eux qui m’ont obligé à regarder ce que j’évitais, à remettre en question certaines certitudes et à découvrir en moi des ressources dont je ne soupçonnais même pas l’existence.
Je pourrais presque dire que, dans mon expérience, plus le coup a été difficile à encaisser, plus le cadeau découvert derrière s’est révélé grand.
Cela ne signifie évidemment pas que nous devrions rechercher la souffrance, provoquer des épreuves ni prétendre que tous les événements douloureux sont merveilleux, mais il s’agit simplement d’une invitation à ne pas réduire une expérience à la douleur qu’elle provoque au moment où elle se présente.
- Une rupture peut nous apprendre à aimer autrement.
- Un échec peut nous conduire vers un projet qui nous ressemble davantage.
- Une période d’impuissance peut nous obliger à développer une liberté intérieure que nous n’aurions jamais cherchée tant que tout fonctionnait comme prévu.
- 6.2. Aller à la rencontre de notre épouvantail intérieur
Ce mouvement est directement lié à ce que j’appelle notre épouvantail intérieur.
L’épouvantail représente tout ce que nous redoutons de vivre ou de devenir : être abandonné, échouer, perdre notre réputation, dépendre des autres, manquer d’argent ou ne jamais devenir la personne que nous espérons être.
Tant que nous refusons de nous approcher de cet épouvantail, une grande partie de nos décisions consiste à l’éviter. Nous ne choisissons pas réellement une direction, nous choisissons surtout de ne pas prendre celle qui pourrait nous rapprocher de ce que nous redoutons.
Notre liberté reste donc conditionnée par notre peur.
Mais si nous acceptons de regarder cet épouvantail, de ressentir les émotions qu’il provoque et même d’envisager que ce scénario puisse se produire, quelque chose de très profond commence à se transformer.
Nous découvrons que nous pourrions peut-être traverser cette expérience, continuer à exister et trouver des ressources même à cet endroit.
La véritable puissance ne consiste pas à tout contrôler, mais à ne plus être contrôlé par ce que nous redoutons.
À partir de là, nous n’avons plus besoin d’agir uniquement pour éviter un échec, une perte ou une identité qui nous effraie.
Notre ego perd progressivement son emprise et libère ainsi notre capacité à agir depuis un élan naturel de l’Être, qui ne nous conduit pas nécessairement là où notre mental avait prévu d’aller, mais qui ouvre devant nous un champ de possibilités infiniment plus vaste.
C’est à cet instant que l’impuissance se transforme en potentiel, puis en liberté, en ressources et parfois même en joie profonde et stable.
Le problème n’a peut-être pas disparu, mais il ne décide plus de la personne que nous devons être ni de la direction que notre vie doit prendre.
7. À vous de jouer
Pensez à une situation face à laquelle vous vous sentez aujourd’hui impuissant, puis prenez simplement le temps de vous poser ces quelques questions :
- Quel fait suis-je encore en train de refuser, alors qu’il est déjà présent ?
- Que signifie cette situation pour moi, et quelle part de mon identité ai-je peur de perdre ?
- Que deviendrait ce problème si je cessais un instant de lutter contre lui ?
- Quelle possibilité nouvelle pourrait apparaître si je n’exigeais plus que l’avenir ressemble exactement au scénario que j’avais imaginé ?
Vous n’avez pas besoin de trouver immédiatement toutes les réponses. Commencez simplement par regarder ce qui est là, sans le nier, sans le valider et sans chercher à le faire disparaître.
Approfondissez vos connaissances :
- Comment accéder au lâcher-prise et bien le vivre ?
- La zone de confort : pourquoi en sortir ?
- Dépasser les limites de l’Ego pour développer tout son potentiel
- Rencontrer son épouvantail intérieur pour ne plus jamais souffrir de ses émotions
- Le problème n’existe que dans nos têtes : comment vivre sans problème ?



